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Libé parle d'IB
News ajoutée par : Vinch, le 08.04.2002

Un Article d'Alexis Bernier (dans Libération daté du lundi 7 janvier 2002) intitulé "De la sono sur le tas au label reconnu", fait le point sur le collectif Infrabass au travers du parcours de son fondateur.

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De la sono sur le tas au label reconnu

(Par Alexis Bernier)

Profession technoïde. Les teufeurs créent collectifs et associations pour continuer à fonctionner en groupe: Marc Villemin, créateur du sound système Infra bass


Dans les années 70, les hippies appelaient cela le drop out. Tout plaquer pour partir sur la route. Des années plus tard, Marc Villemin et trois de ses copains de Blois (Loir-et-Cher), suivent le même chemin quand ils fondent le sound system Infrabass à l'été 1994. «On a acheté pour 12 000 F de matériel sono, un vieux camion qu'on a retapé, et on est partis organiser des free parties un peu partout en France.» Les platines ont remplacé les guitares, mais la révolte est toujours un peu la même. «J'ai quitté l'école à ce moment-là. Après chaque week-end, le fossé se creusait un peu plus avec mes camarades de classe. Je n'avais pas envie de vivre leurs vies.» Il part sur les routes: «J'ai appris la sonorisation sur le tas, comme câbler, monter les platines, placer les enceintes, réparer des trucs... Après chaque soirée réussie, on achetait un peu de matériel d'occasion qu'on réparait pour grossir le sound system.»

Pendant quatre ans, Marc vit la plupart du temps dans son camion avec son «son» et sa tribu. En rupture quasi totale, organisant des fêtes «gratuites sur donation libre» de 300 à 400 personnes chaque week-end dès le printemps, parfois beaucoup plus grosses en été. L'hiver, il rentre un peu chez ses parents. Infrabass grossit au même rythme que la scène techno underground. Dans toute la France, les sound systems se multiplient, les médias s'y intéressent, les incidents se répètent, souvent dûs à des «technotouristes» inexpérimentés. «Cela devenait dur de trouver des terrains où les soirées se déroulaient sans problème avec la police. J'ai failli quitter le pays. Amener le son plus loin à l'Est, à l'image des travellers anglais. Au dernier moment, j'ai reculé. Pal mal de mes copains sont partis.»

Fin 1998, il plaque le sound system et revend son matériel pour investir dans des instruments de musique électronique. Il suit une formation privée d'assistant de production puis d'ingénieur du son. «J'ai passé sans problème le test d'évaluation grâce à ce que j'avais déjà appris sur le tas. Mais je n'ai pu terminer que la première partie de la formation. J'avais trop de lacunes en maths et en électronique.» A la même époque, l'association puis le label Infrabass/Alchimyst naissent sur les cendres du sound system. Un collectif qui regroupe 8 DJ, 2 DJ vidéo, des graphistes, un webmaster et un ingénieur du son, la plupart musiciens. «On a tous nos propres petits studios à la maison. Avec 15 000 F, on peut déjà produire de la techno.» Dans des conditions artisanales.

Le label de Marc a autoproduit plus d'une vingtaine de références tirées entre 1 500 et 4 000 exemplaires. Il ne fait que du vinyle, matière première des DJ. «Avec le temps, on ne fait plus d'erreurs. En trois semaines, tous les disques que l'on presse sont achetés par les DJ dans près d'une centaine de points de vente dans toute l'Europe.» Des magasins spécialisés, des stands montés lors des soirées techno et même des boutiques en Slovaquie, en République tchèque ou en Autriche, qu'ils approvisionnent au volant de leurs propres camions ou avec l'aide d'un petit distributeur indépendant parisien. «On redistribue près de 50% des bénéfices aux artistes, un taux sans comparaison avec ce qui se pratique dans l'industrie de la musique. Il n'y a aucun salarié dans l'association. On gagne un peu d'argent avec nos propres disques, et il y a le RMI.» L'avenir d'Infrabass, c'est le CD, mais les circuits de fabrication et de distribution ne sont pas les mêmes, les quantités non plus. Pour se faire connaître, Infrabass a lancé son site Internet (www.infrabass.org) qui permet d'écouter ses productions en ligne. «Je suis conscient que le développement du label risque de me faire renouer avec une vie que j'avais reniée durant mon adolescence. Mais je suis sans doute moins nihiliste. J'ai pris conscience de l'impasse de l'extrémisme, de tous ces risques inutiles qu'on a courus et des efforts qu'on a faits alors que ce n'était pas tellement nous qui en profitions. A commencer par tous ses parasites qui font du trafic de drogue sur le dos des free.»

Pour l'heure, Marc n'est pas encore pret à sauter définitivement le pas de la professionnalisation, toucher un salaire plutôt que le RMI ou les droits d'auteurs sur sa musique. Mais la pensée de vivre de son activité fait son chemin. «Mieux vaut progresser lentement et produire la musique qui nous plaît que d'être obligés de sortir des disques par obligation pour payer nos salaires. Dans le fond, aujourd'hui je garde le même état d'esprit qu'a l'époque du sound system, mais le regard a changé. Le label, c'est une façon de perpétuer l'esprit collectiviste de la free.».

  
 
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